Bienvenue dans la terra incognita, le grand fossé quantique–classique

Vous joindrez-vous à notre quête mondiale pour cartographier les falaises du grand inconnu ? L’humanité doit compléter la carte entre nos théories classique et quantique du calcul. Dans ce territoire, une modification apparemment minime d’un modèle physique pourrait transformer entièrement ce qu’il est capable d’accomplir. Quels modèles de calcul se trouvent entre ces falaises—et quelle structure minimale les rend programmables ? L’industrie quantique doit le savoir.

Lorsque je suis entré dans le domaine, le paysage computationnel était souvent présenté comme ayant une seule frontière nette : les systèmes simulables efficacement de manière classique d’un côté et les ordinateurs quantiques universels de l’autre. [Fig. 1] Quelle est la différence structurelle ?

Une carte où les états fondamentaux de l’hamiltonien d’Ising se trouvent dans une région classique verte et les états fondamentaux de l’hamiltonien ZX dans une région quantique orange Caltech, séparés par une seule frontière turquoise courbe en pointillés.
Figure 1. Ma vision du monde a révélé le problème que je voulais comprendre. J’avais développé, d’un côté, la logique de spins à l’état fondamental—une logique d’espaces engendrés d’états fondamentaux qui incorpore des circuits de commutation dans des hamiltoniens d’Ising [13, 14]. De l’autre, j’avais démontré que l’hamiltonien ZX, qui diffère de la logique de spins par l’ajout d’un terme XX, permet le calcul quantique universel [1]. Je me suis tourné vers les mathématiques des réseaux de tenseurs pour comprendre la différence entre ces deux structures. J’ai apporté ces idées à Oxford et rédigé une thèse qui étendait la logique de spins à l’état fondamental d’un espace engendré à une somme sur des vecteurs de base, retrouvant la même structure compositionnelle sous la forme de réseaux de tenseurs booléens [4, 21]. Dans ce cadre, l’ajout de scalaires à cette structure permettait d’atteindre les états quantiques généraux.

Mais l’intractabilité classique est, de toute évidence, différente de l’universalité quantique. Il semble que de nombreux systèmes quantiques ne puissent pas être simulés efficacement de manière classique, sans pour autant être programmables comme des ordinateurs quantiques universels.

La différence pourrait être un nouveau type de programmabilité : la capacité de composer des interactions, des contraintes et des transformations afin qu’un système physique exécute un calcul choisi. Les gadgets d’état fondamental offrent une manière de programmer les modèles physiques [13] ; les réseaux de tenseurs transforment la même logique sous-jacente en un langage compositionnel [4].

Ces résultats, parmi d’autres, m’ont amené à voir deux frontières : celle où prend fin la simulation classique efficace et celle où commence le calcul quantique universel. Entre elles s’étend une vaste terra incognita—un fossé quantique–classique composé de systèmes dont la puissance de calcul demeure seulement en partie comprise. [Fig. 2] Il s’agit d’un immense territoire encore inexploré du savoir humain.

Une carte conceptuelle de la Terra Incognita couvrant les régions Classique, Quantique–Classique et Quantique. Des fils relient la logique de spins à la non-linéarité booléenne, les contractions de réseaux de tenseurs pour #SAT à la non-linéarité booléenne, les entropies spectrales aux marches quantiques chirales, les deux résultats QAOA et le contrôle universel du QAOA à l’échantillonnage de circuits réglables. Un fil se termine librement pour indiquer que les liens sont conceptuels et incomplets.
Figure 2. L’image est conceptuelle, tout comme les liens représentés. Ma vision du monde a changé. Je distingue maintenant deux frontières—celle où prend fin la simulation classique efficace et celle où commence le calcul quantique universel. Mes travaux cartographient ces frontières et l’étrange territoire qui les sépare. Une voie suit la structure compositionnelle commune aux réseaux de tenseurs booléens et à la logique de spins à l’état fondamental [4, 13, 14]. Une autre adapte des techniques quantiques à la mécanique stochastique au moyen d’opérateurs de Dirichlet qui sont des générateurs valides de dynamiques classiques et quantiques [18]. Les marches quantiques chirales étendent cette famille en attribuant des phases aux boucles, ce qui produit une dynamique asymétrique dans le temps [17]. Ce ne sont là que quelques exemples : mes modèles habitent souvent les domaines classique et quantique, avec des paramètres qui permettent d’interpoler entre les deux.

Suivre ces frontières m’a conduit des modèles physiques aux langages de réseaux de tenseurs, puis aux modèles statistiques et au comportement des grands systèmes. Au passage, mes travaux ont contribué aux réseaux complexes quantiques et à l’apprentissage automatique quantique.

Des parties de ce programme sont synthétisées dans la Perspective de Nature Quantum Machine Learning [10], ainsi que dans les articles de synthèse Tensor Networks in a Nutshell [11] et Complex Networks from Classical to Quantum [12].

Trois idées à retenir

  1. Le territoire entre la simulabilité classique efficace et l’universalité du calcul quantique ne demeure que partiellement cartographié. [2, 7, 8, 9, 23, 51, 52]
  2. Les états fondamentaux physiques peuvent encoder la logique et le calcul universel. [50, 1, 13, 14] La programmation des états fondamentaux utilise des gadgets classiques et quantiques. [50, 13, 15, 51, 56]
  3. La logique de spins à l’état fondamental et les états de réseaux de tenseurs booléens partagent la même structure compositionnelle. [4]

Pour approfondir

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Sources et liens vers les articles

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